Première visite d'un Pape en Algérie (13-15 avril 2026): chercher des ponts pour construire la paix
Ce voyage, a-t-il confié à la presse dans l’avion qui l’emmenait vers Alger, aurait dû être le premier.
Son importance : « Une bénédiction pour moi personnellement, mais je crois aussi pour l’Église et pour le monde car nous devons toujours chercher des ponts pour construire la paix et la réconciliation. Ce voyage représente donc vraiment une occasion précieuse de poursuivre, d’une seule voix et avec le même message, ce que nous voulons faire : promouvoir la paix, la réconciliation, le respect et la considération pour tous les peuples »
(© Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana)
Après avoir été accueilli par la Présidence de la République, le pape Léon XIV a adressé ses premiers mots au peuple algérien au mémorial des martyrs Maqam Echahid : « Que la paix soit avec vous tous ! Assalamu lakom ! « En vous regardant, je vois le visage d’un peuple fort et jeune, dont j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d’expérimenter l’hospitalité et la fraternité. Dans le cœur algérien, l’amitié, la confiance, la solidarité ne sont pas simplement des mots, mais des valeurs qui comptent et qui donnent chaleur et solidité à la vie commune ».
Évoquant le passé douloureux de l’Algérie, c’est la résilience du peuple que le Pape a saluée. Courage, honnêteté, noblesse d’esprit caractérisent « l’âme algérienne » qui s’est battue pour son indépendance et sa souveraineté. C’est de paix que le Pape a parlé, une nouvelle fois.
« En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations : une paix qui ne soit pas seulement une absence de conflit, mais l’expression de la justice et de la dignité. Et cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon. La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise. Je sais combien il est difficile de pardonner. Cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération. L’avenir appartient aux hommes et aux femmes de paix. En fin de compte, la justice triomphera toujours de l’injustice, tout comme la violence, n’aura jamais le dernier mot contrairement aux apparences. »
S’adressant aux autorités, au corps diplomatique et à la société civile, au Centre des congrès Djamaa el Djazair, c’est encore de paix qu’il parle :
« Chers frères et sœurs, je viens vers vous en tant que témoin de la paix et de l’espérance auxquelles aspire ardemment le monde et que votre peuple a toujours recherchées : un peuple qui n’a jamais été vaincu par ses épreuves, car il est enraciné dans ce sens de la solidarité, de l’accueil et de la communauté qui tisse le quotidien de millions de personnes humbles et justes. Ce sont elles qui sont fortes, ce sont elles l’avenir : celles qui ne se laissent pas aveugler par le pouvoir et la richesse, ceux qui ne sacrifient pas la dignité de leurs concitoyens à leur fortune personnelle ou à celle de leur groupe ».
Le pape a adressé une exhortation bienvenue dans le contexte global actuel :
« J’exhorte donc ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité dans ce pays à ne pas craindre cette perspective et à promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre, dans laquelle on reconnaisse en particulier aux jeunes la capacité de contribuer à élargir l’horizon de l’espérance pour tous. La véritable force d’un pays réside dans la coopération de tout le monde à la réalisation du bien commun. Les Autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et son développement. Le critère de l’action politique réside donc dans la justice, sans laquelle il n’y a pas de paix authentique, et s’exprime par la promotion de conditions équitables et dignes pour tous. L’Église catholique, elle aussi, à travers ses communautés et ses initiatives, souhaite contribuer au bien commun de l’Algérie, en renforçant son identité particulière de pont entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident. »
Terminant son discours, le Pape évoque la voie par laquelle cette responsabilité politique peut s’engager :
« Il faut éduquer au sens critique et à la liberté, à l’écoute et au dialogue, à la confiance qui nous fait reconnaître dans celui qui est différent un compagnon de route, et non une menace. Nous devons œuvrer à la guérison de la mémoire et à la réconciliation entre d’anciens adversaires. C’est le don que je demande pour vous, pour l’Algérie et pour tout son peuple, sur lequel j’invoque l’abondance des Bénédictions du Très-Haut ».
En fin de journée, une visite l’a conduit à Bab-El Oued à la communauté des Augustines missionnaires sur le lieu même de l’assassinat des sœurs Esther et Caridad le 23 octobre 1994.
Il est ensuite allé à la rencontre de la communauté chrétienne rassemblée à la Basilique de Notre-Dame d’Afrique.
« Vous êtes les héritiers d’une multitude de témoins qui ont donné leur vie poussés par l’amour de Dieu et du prochain. Je pense en particulier aux dix-neuf religieux-religieuses martyrs d’Algérie qui ont choisi d’être aux côtés de ce peuple dans ses joies et dans ses peines. Leur sang est une semence vivante qui ne cessera jamais de porter du fruit ».
Il a exhorté à être aujourd’hui des signes crédibles de communion, de paix et de dialogue. Il a mis l’accent sur la nécessité de la prière, la charité et l’unité. Témoin de la charité sans prétention, et de la fidélité des dix-neuf martyrs devant l’adversité, le Pape a cité le Bienheureux frère Luc, moine de Tibhirine : « Je veux rester avec Dieu ».
Une rencontre festive, recueillie, pleine d’émotions, qui s’est conclue par le recueillement du pape devant l’icône des dix-neuf martyrs d’Algérie et par la bénédiction de la reproduction de la croix de Tibhirine destinée à la chapelle du monastère confié aujourd’hui à la communauté du Chemin Neuf.
